Sep 18, 2017

CBD – Un cannabinoïde aux pouvoirs extraordinaires

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Il y a de cela une quinzaine d’années, si vous aviez demandé au serveur d’un coffeeshop d’Amsterdam quelles étaient les concentrations de CBD et de THC du cannabis offert, celui-ci vous aurait regardé d’un air confus.

Cependant, si vous vous étiez rendu au Cannabis College pour y chercher les mêmes renseignements, il est plus que probable qu’un des bénévoles vous aurait montré un graphique circulaire affichant les ratios des trois cannabinoïdes les plus étudiés : le tétrahydrocannabinol (THC), le cannabidiol (CBD) et le cannabinol (CBN). À l’époque, on croyait que le CBN était un cannabinoïde complètement distinct des deux autres. Or, nous savons maintenant qu’il est en fait un métabolite du THC : sa production est issue de la dégradation du THC.

Graphique circulaire des cannabinoïdes

Le graphique circulaire offrait une explication beaucoup trop simplifiée des mécanismes causant les différents effets du cannabis – loin de se limiter à trois, le cannabis contient après tout plus de 85 types de cannabinoïdes – mais la logique était bonne. Si la tranche THC du graphique était plus importante que les tranches combinées de CBD et de CBN, le cannabis offrait un high énergisant et exaltant. Inversement, si les tranches combinées de CBD et de CBN étaient plus importantes que la tranche THC, alors, les effets étaient plus relaxants et soporifiques. Cette explication était comprise de tous.

Comme le THC est le cannabinoïde responsable de causer les highs planants, joyeux et énergisants que recherchent la majorité des consommateurs, presque tous les efforts et les ressources étaient consacrés à croiser des variétés contenant un maximum de THC. Le fruit de ces efforts a cependant incité – du moins, aux Pays-Bas – certains administrateurs publics (généralement mal informés) à interdire la vente de cannabis contenant plus de 15 % de THC dans les coffeeshops. Cette quête pour obtenir le high ultime a indéniablement mené à la naissance d’importantes variétés telles la Silver Haze et la Mother’s Finest, mais plusieurs filières commerciales du monde du cannabis négligeaient ou ignoraient de considérer aussi les concentrations de CBD et de CBN. Seules les communautés scientifique et médicale leur portaient un intérêt.

Comme expliqué ci-dessus, le CBN est créé lorsque le THC se dégrade ; la présence de l’un est inversement proportionnelle à celle de l’autre. C’est ce qui explique pourquoi le cannabis conservé trop longtemps ou exposé à la lumière et à l’air produira un effet plutôt stoned, même s’il s’agit d’un type à prédominance sativa. Le CBN n’est que très faiblement psychoactif, et jusqu’à présent, n’a jamais surpassé les effets que causent à bien plus forte raison le THC (très psychoactif) et le CBD (modérément psychoactif). Cependant, le CBN affiche une gamme de propriétés médicales aux potentiels prometteurs.

L’effet entourage

En 2016, le CBD est beaucoup mieux connu, ayant fait l’objet de nombreuses études approfondies. Celles-ci ont démontré que le CBD, bien que considéré non psychoactif, a un effet soporifique et agit en tant que modérateur des effets du THC. Lors d’expériences enregistrant les effets du THC administré avec et sans CBD, il a été démontré que le THC seul était plus susceptible de causer des sentiments d’anxiété et même de morbidité. En combinaison avec le CBD – comme il se présente, ne l’oublions pas, à l’état naturel – on observe les effets euphoriques, énergisants et provoquant les rires généralement recherchés dans une bonne variété sativa. À part en laboratoire, il est pratiquement impossible de consommer du THC pur puisqu’à l’état naturel, c’est-à-dire tel que retrouvé dans le cannabis, il est toujours accompagné d’une foule d’autres cannabinoïdes dont les effets combinés tempèrent le high qui s’en retrouve accru. C’est ce qu’on appelle l’ « effet entourage ». La connaissance de l’existence de cet effet particulier suggère fortement que les médicaments contenant du THC pur ou synthétique, comme le Marinol, sont moins efficaces et produisent bien plus d’effets indésirables que le THC retrouvé à l’état naturel, dans la plante de cannabis. Puisque le cannabis renferme une large gamme de cannabinoïdes que nous n’arrivons pas encore à identifier, et que la science ne peut, pour l’instant, parvenir à synthétiser ces composés dans les mêmes proportions qu’ils se retrouvent dans la plante de cannabis, il n’est pas surprenant de constater que la vaste majorité des consommateurs de cannabis médicinal optent pour la forme végétale non altérée.

Le CBD sans THC – soulagement de la douleur sans high

Cependant, lorsque le CBD est administré sans THC, aucun des effets indésirables du THC pur décrits ci-haut n’est observé. Le CBD ne semble pas nécessiter la présence du THC pour constituer un traitement efficace. Une des facettes les plus intéressantes de son potentiel thérapeutique est qu’il peut être utilisé pour traiter une foule de troubles et maladies sans causer d’effets psychoactifs significatifs. On considère maintenant que le CBD recèle un potentiel thérapeutique encore plus important que son célèbre cousin, le THC. Malgré les récriminations, parfois justifiées, à l’effet que les consommateurs de cannabis médicinal « ne recherchent qu’un high », plusieurs personnes veulent se passer des effets psychoactifs qu’elles trouvent désagréables. Le cannabis spécialement croisé pour contenir une faible teneur en THC et une forte teneur en CBD serait une option grandement appréciée des patients qui cherchent à soulager leurs douleurs sans ressentir d’effets psychoactifs.

En Israël, où le cannabis médicinal est légal depuis plus d’une décennie et où existent des programmes médicaux soutenant environ 22 000 patients, un programme de croisement pour obtenir exactement ce type de cannabis est en cours depuis les dix dernières années. L’entreprise israélienne Tikun Olam est parvenue avec succès à créer une variété contenant moins de 1 % de THC et un taux encore jamais vu de 15,8 % de CBD. Cette nouvelle variété a enregistré des résultats très positifs dès son apparition, et avant même la tenue d’essais cliniques, elle était offerte aux patients admissibles.

À titre d’aparté, songeons à ce que cela signifie. L’innocuité du cannabis est telle que l’on en prescrit une nouvelle forme expérimentale avant même de l’avoir testée sur des souris. Cela montre bien à quel point le cannabis est une drogue sécuritaire.